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The Beaumont, berceau de l’art à Londres

  |   Angleterre, Europe

Cet homme cubique, accroupi à gauche de la façade classée du Beaumont est l’œuvre d’Antony Gormley. Le palace londonien ouvert en 2014 a fait appel à cet artiste de renommée internationale pour concevoir une pièce originale, laquelle devait s’inscrire à l’origine dans le domaine de l’art public. D’aucuns y voient un autoportrait du sculpteur qui, depuis les années 1970, ne cesse de se mettre en scène dans ses créations, centrées sur les relations entre le corps humain et la nature, l’univers, et le cosmos. Cela tombe bien…

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Hôtel, restaurant, spa… The Beaumont est un microcosme à lui tout seul. Situé au cœur de Mayfair, le quartier des galeries à Londres, il allait de soi qu’il devienne à son tour un foyer d’art. Les œuvres sélectionnées par Jeremy King, l’un des deux maîtres de maison, répondent à un critère : si elles ne datent pas des années 1920-30-40, elles doivent au moins en évoquer l’atmosphère. Pourquoi ? Parce que Monsieur Jimmy Beaumont est censé avoir vécu à cette époque. De là, le choix d’un intérieur Art Déco, reconstitué par la talentueuse Fiona Thompson.

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Passé le portillon d’entrée, on plonge dans l’American Bar, point de rendez-vous très prisé à Londres. Sur les murs, plus de 300 photos – en noir et blanc cela va sans dire – de stars qui auraient pu fréquenter The Beaumont, s’il avait vécu en leur temps. Les clichés sont signés Serge Balkin, Sir Cecil Beaton, Imogen Cunningham, Horst P. Horst, George Hoyningen-Huene, Constantin Joffé, Nickolas Muray, Lusha Nelson, John Rawlings, entre autres.

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Au-delà du bar, le restaurant, alias The Colony Grill Room. L’Américain John Mattos y a laissé – à la demande de la direction – une double empreinte. Sur les murs s’étirent des scènes sportives associant systématiquement une activité à une ville, le springboard à New York City ; les courses de chevaux à Louiseville, dans le Kentucky ; le polo à Santa Barbara, en Californie, la pêche à Key West, en Floride… The Beaumont doit également à l’artiste une série de 48 dessins – toujours en noir et blanc – de personnalités des années 1920-30-40, de Katherine Hepburn à Clark Gable, en passant par Cary Grant, Igor Stravinsky, ou Virginia Woolf. Encore une fois, tous auraient pu être des amis proches de Jimmy Beaumont, s’il avait lui-même existé par-delà son rôle d’emblème fictif pour l’hôtel actuel.

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L’art n’est pas absent des chambres, loin de là. Les deux propriétaires du Beaumont Chris Corbin et Jeremy King, ont pris le parti de faire confiance à leurs clients. Dans les couloirs, des pièces uniques, chinées par le second en compagnie de son esthète d’épouse. Le noir et blanc domine également les chambres : des formats panoramiques surplombent les lits, la plupart figurant des réunions d’anciens élèves. À ces photos de groupe, reflet d’une certaine intimité (c’est le genre de clichés que l’on afficherait dans ses appartements privés) répondent des huiles sur toile originales attribuées à des peintres plus ou moins connus.

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Bien sûr, l’expérience artistique qui a forgé la renommée du Beaumont repose sur The Room. La sobriété du nom renvoie au minimalisme de cette chambre-sculpture perçue comme une extension à part entière de l’hôtel. On y accède par un salon décoré à la mode Art Déco, fidèle aux codes esthétiques de l’hôtel, et par une salle de bain immaculée, en marbre à peine veiné. De là, sept marches habillées en leur sommet d’un rideau noir mènent dans une salle obscure. Pas d’écran de télévision ou tout autre appareil électronique en vue. Telle était la volonté d’Antony Gormley, dont la seule concession aura été de ménager un espace pour un téléphone… vintage, of course. Une fenêtre unique perce la surface épaisse de cette sculpture interne en chêne fumé, pas une de plus. Elle a été sciemment creusée au plus près du plafond afin d’offrir pour seule vue le ciel londonien. Il fait gris au dehors mais peu importe : on se sent si bien quand on n’a besoin de rien.