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Saint Petersburg - Atlantico

A la russe : vivez les fêtes à Saint-Pétersbourg comme les anciens tsars

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Expérience unique pour cette nouvelle année : incarner le temps d’une nuit la peau d’un ancien tsar de Russie dans la grandeur du Palais de Catherine, à Saint-Pétersbourg.

 
Article publié sur Atlantico.fr le 21 décembre 2013
 

Si le massacre des Romanov, à l’orée de la révolution d’octobre, marque la chute de la monarchie russe, le statut de tsar, avec tous les privilèges qu’il implique, évoque spontanément le luxe et la grandeur. Un dîner en grandes pompes au Palais de Catherine serait-il l’occasion de goûter au faste d’une époque révolue ? Cet événement coïncide précisément au passage à la nouvelle année. Depuis 1994, à trente minutes seulement du centre de Saint-Pétersbourg, la commune de Tsarskoïe Selo invite qui le souhaite à revivre, le temps d’une soirée charnière, l’atmosphère des bals de l’ancienne Russie, reconstituée avec soin par des historiens de renom. Une expérience unique et exceptionnelle dans le luxe et la grandeur de Russie.

 

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La portière s’ouvre. On rabat énergiquement le pan ballant de son manteau, un réflexe inspiré par la lecture des classiques russes campés dans un froid sibérien, et le souvenir de scènes de cinéma où acteurs et actrices s’apprêtent avant de fouler le sol glacé. Dans Anna Karénine, Dostoïevski ne se prive jamais d’évoquer le plaid recouvrant les jambes de ses personnages, un accessoire qui accompagne leurs trajets en voiture, et dont ils se délestent aussi facilement qu’ils ne s’en parent. C’est donc avec fierté que l’on se débarrasse de sa couverture pour braver les basses températures. Une gigantesque façade bleue et or s’élève dans le ciel contaminé par l’obscurité d’une nuit précoce. C’est l’hiver. Le port de la chapka est, si ce n’est obligatoire, du moins recommandé. De peur de se transformer en glaçon, on trotte derechef le long du tapis déroulé pour l’occasion, escorté par une vingtaine de hussards en uniforme. La neige commence à tomber. La montée des marches n’en devient que plus spectaculaire.

 

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Direction la chambre d’ambre, où s’ouvrent les festivités. Comment ne pas s’extasier devant l’harmonie du décor, les murs tapissés d’ambre, les moulures recouvertes de feuilles d’or… ? Offerte par le roi de Prusse à Pierre le Grand, en 1776, c’est l’un des trésors cachés de la Russie. Déplacée à plusieurs reprises au fil des siècles, volée par les nazis en 1941, elle a été reconstituée à l’identique en 2003 pour pouvoir abriter diverses réceptions. Accueil tonitruant au son des flûtes traversières. L’orchestre se leste de chanteurs d’opéra dont les vocalises scandent le dîner.

 

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Un dîner pantagruélique, dans la salle du trône, c’est-à-dire la salle des plus grands bals jamais donnés par l’Empire russe. Deux entrées, deux plats et un dessert, le tout entrelardé d’amuse-bouches originaux. C’est le nouvel an après tout ! Le raffinement est à son comble : porcelaine et argenterie mettent les plats en valeur. On pense à Catherine II, dite « La Grosse », et à son appétit débordant, son appétence pour la cuisine française. Côté jardin, ce sont les Anglais qui ont conquis son cœur. À voir, peut-être, lors d’une promenade digestive… Pas de bortsch, de smetana, de pirojki. Place aux truffes, au foie gras et au caviar, entre autres denrées rares.

 

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Mais avant tout, « champagne » ! Un toast pour honorer ce fastueux cocktail, et les danseurs s’apprêtant à ouvrir le bal. Comment, déjà ? En effet, tout au long du repas, quelques étoiles des  compagnies les plus prestigieuses de Russie ont été conviées à animer la soirée d’entrechats et de pirouettes. De même, les grands noms de l’opéra pétersbourgeois s’illustrent, en solo ou en duo, dans l’interprétation d’un répertoire classique. Tchaïkovski, Stravinski, Prokofiev, sont autant de noms berçant les oreilles des convives dans un tourbillon d’accords. Relayées par un orchestre symphonique réputé, les artistes passent à table sous un tonnerre d’applaudissants. Malgré l’élégance générale, leurs costumes, ourlés d’une forte théâtralité, ne sauraient passer inaperçus. Tutus et crinolines rivalisent à la lueur de lustres authentiques tandis que l’année touche à sa fin.

 

Bientôt 2013 rejoindra les enclos du passé, de même que le XVIIIe, en son temps, divorçait un peu plus chaque année du présent ; ce XVIIIe qui voit naître le Palais de Catherine en 1752 ; Élisabeth Ier, son instigatrice, le baptiser du nom de sa mère ; Bartolomeo Rastrelli le concevoir dans un style baroque ; les symbolistes de l’Âge d’argent, de Blok, à Roerich, en passant par Myakovsky, Bakst, Diaghilev, le fréquenter ; Catherine II, l’agrandir et le peupler d’environ 4 000 œuvres d’art.

 

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5, 4 3, 2… Le décompte interrompt la rêverie. Minuit explose dans un concert de cloches ponctué par une valse de Richard Strauss. Le claquement des joues qui s’embrassent à l’infini, le tintement des verres qui s’entrechoquent vivement et les éclats de rire incessants traduisent un enthousiasme irrévocable. Une troupe de danseurs folkloriques déboule soudain dans la salle, accompagnés des joueurs de balalaïka. La première vague de départs se soulève au moment où une musique jazzy prend le relais.

 

« Mme Karénine monta en voiture, et son frère remarqua avec étonnement que ses lèvres tremblaient, et qu’elle retenait avec peine ses larmes. » C’est avec la même émotion que l’on quitte la fête du Palais de Catherine, au point du jour, en direction de Saint-Pétersbourg.

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