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Promenade culturelle (oui, culturelle) dans l’Indiana

  |   Amérique du nord, Atlantico Grand Large, USA   |   No comment

 

Finis les parcours artistiques dans les rues de Chicago, le cœur de l’Illinois ? Direction l’Indiana, l’état voisin, à la découverte de galeries et musées inattendus.

 

Article publié sur atlantico.fr le 23 août 2014

 

On croyait ce type de décor caricaturé à dessein dans les films. Un moyen d’illustrer, voire de dénoncer les méfaits de la mondialisation standardisée. Eh bien non, ces larges routes infinies qualifiées de cookie-cutter (taillées avec la même uniformité qu’une fournée de cookies) sont bien réelles. C’est la porte d’entrée à l’Amérique profonde, mais pas profonde dans le sens de vulgaire. Brisons le stéréotype du Redneck obèse et inculte afin de le remplacer par le Chicagoan imbu de culture. Il en va ainsi de l’Indiana, qui est à Chicago (80 km au nord-ouest) ce que Deauville est à Paris. Une banlieue chic mais surtout un point de retraite prisé par les citadins las du bruit et de la pollution. On entend l’écho lointain de basses électro. Le festival Lollapalooza a enfin investi, comme chaque été, le centre de la Windy City. Il est temps de mettre les voiles. « Let’s dive-in ! », lance le chauffeur. L’immersion au cœur de l’Indiana peut littéralement commencer.

 

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Si le conducteur peste contre les embouteillages, ne surtout pas s’alarmer. Ce que les Américains appellent « trafic » n’arrive pas à la hauteur de l’enfer que représentent les embouteillages français. Une demi-heure à l’arrêt équivaut à cinq minutes à 35 km/h. Où peut bien conduire ce flux continu de voitures ? Les uns regagnent leur « maison de campagne », soit celle d’un ami d’amis d’amis ; d’autres se dirigent vers un cabanon loué pour le weekend. Enfin, il y a ceux qui, insensibles au charme des dunes bordant le Lac Michigan, sont partis en virée avec pour objectif de sillonner musées, galeries et marchés artisanaux. Le complexe européen ressort dans l’étiquette « French-inspired » (d’inspiration française). Créneau à saisir pour les grenouilles qui rêvent de conquérir l’Amérique ! Avec ses ciabattas (« importées d’Italie »), ses baguettes à réchauffer et ses muffins en forme de cannelés,  Didier, un boulanger originaire de Bergerac, règne en maître sur le marché de Michigan City. C’est ainsi que les autochtones se pressent tous les samedis matins à son stand, soit pour goûter ses pâtés faits maison, soit pour communiquer avec ce moulin à paroles à l’accent Frenchy.

 

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La pause gastronomique finie, on s’achemine tranquillement vers le Brauer Museum of Art, dans la ville de Valparaiso. Ancrée au cœur de l’université locale – impliquée, comme on peut s’y attendre, dans la défense des arts – cette institution se concentre essentiellement sur la peinture du XIXe et du XXe siècles. Entre les parois immaculées d’un intérieur épuré à souhait, se détachent des toiles d’artistes aussi divers que Frederic Edwin Church, Asher Durand, Junius Sloan ou encore Alexandre Harison et Elizabeth Nourse. Parmi les représentants de l’Impressionnisme, mouvement qui reçoit une réception inégalée aux États-Unis, Karl Anderson, Childe Hassam et Robert Reid occupent le devant de la scène. Les tableaux sont tellement espacés qu’on les imagine mal constituer une collection de plus de 2 700 pièces. De même, le cadre est si modeste que l’on a peine à le considérer en tant que bastion d’expositions temporaires. En effet, qui eût cru trouver du Warhol dans ce bloc de béton sans caractère ? Ou encore une rétrospective consacrée à Ansel Adams, photographe californien connu pour ses clichés noirs et blancs de l’Ouest américain ? Sans compter l’hommage rendu à Dali, il y a quelques années.

 

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Parmi la cinquantaine de galeries qui jalonnent les routes de l’Indiana, il en est une que l’on ne saurait ignorer. Signalée par une large banderole blanche, la Factory Box for Arts saute aux yeux, d’autant plus que la particule « Bros. » évoque les studios Warner. Un contresens productif car rien d’autre n’incite à pénétrer cet immeuble en briques rouges planté dans un quartier résidentiel de Saint-Joseph. Passée l’entrée, on a l’impression de se trouver dans un studio d’artiste, pour ne pas dire d’artistes, au pluriel, car le centre artistique en question expose plusieurs créateurs. Quarante au total. Ponctué de concerts, de cours de dessins et de musique, entre autres, l’endroit ressemble davantage à un centre culturel qu’au loft de quelque riche mécène. On saisit le programme au vol avant de reprendre la route. Let’s « Hit de Road Jack ! », comme dirait Ray Charles.

 

 

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On s’enfonce un peu plus encore dans les terres jusqu’à Indianapolis et, plus particulièrement, l’Indianapolis Museum of Art. Plus connu sous l’abréviation IMA, le musée en question, dit « encyclopédique », rompt la monotonie du paysage urbain. Cet ovni de forme ovoïdale trône également au milieu d’un campus. Comme quoi art et éducation s’avèrent étroitement liés aux USA. Et à bien regarder alentour, on constate qu’il en va de même pour l’art et l’environnement. En effet, l’institution s’inscrit dans un parc naturel de renommée nationale, The Virginia and B. Fairbanks Art and Nature Park : 100 Acres. Une affiche attire les pupilles distraites par la symétrie de vastes parterres ouvertement conçus « à la française ». Que vient faire une exposition sur le néo-impressionnistes dans ce coin perdu des État-Unis ? Pas si perdu que cela, il faut croire : ladite manifestation bénéficie de prêts de l’Art Institute, temple de la peinture à Chicago. Les amoureux de Paul Gauguin et de William Turner ont de quoi se délecter. Parallèlement à cet événement unique, environ 54 000 œuvres issues d’Afrique, d’Amérique et d’Europe, appellent le regard. En somme, la mégalomanie a parfois du bon.

 

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Retour-express au bord des dunes pour voir un soleil orange flamboyant disparaître dans l’eau calme du Lac Michigan. Si seulement, comme dans les films, la soirée pouvait se conclure dans un Drive-In… De retour à Valparaiso, le fantasme devient réalité. Manquent le milk-shake, le cornet de frites et une épaule à laquelle s’agripper « comme par accident »…

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