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La Papouasie-Nouvelle-Guinée entre perruches et perruques

  |   Atlantico Grand Large, Océanie, Papouasie-Nouvelle-Guinée

 

Rencontre inédite avec l’une des plus vieilles tribus de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

 

Article publié sur Atlantico.fr le 28 juin 2015

 

Du vert, du vert et encore du vert ! Voilà ce que l’on aperçoit par la fenêtre du charter. Campée dans la moitié orientale de la Nouvelle-Guinée, la troisième plus grande île du monde (786 000 km2), la Papouasie-Nouvelle-Guinée doit cette luxuriance à une forte pluviométrie. On y parle 700 langues. Un peu moins dans la vallée de Tari, où l’avion atterrit sans heurt et à l’heure. Elle est au pays ce que la bulle est à une cible, à savoir son centre. Cette région compte environ 700 familles d’oiseaux, dont une espèce protégée, le paradisier. On y rencontre encore des tribus au mode de vie traditionnel. Celle des Hulis, par exemple, se caractérise par le port de perruques uniques en leur genre. Immersion exceptionnelle au cœur de la civilisation papouasienne.

 

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On s’engage dans une forêt tropicale broussailleuse avec une pleine confiance en son guide. Armé d’un bâton, on repousse les quelques branches que l’on croirait destinées à effrayer les touristes urbains. Entre deux cascades rugissantes, le silence. Quand soudain retentit un sifflement étouffé. On suit ce cri singulier, espérant fortement en découvrir l’auteur. Là, derrière un écran de feuilles épaisses, se cache un oiseau au plumage flamboyant. Voilà le fameux paradisier. Les ailes déployées – sans tenir compte de sa petite tête ronde – on dirait un bébé dragon. Il n’en reste plus que 13 espèces dans la région, espèces qui cohabitent avec une centaine d’oiseaux migrateurs, des pigeons, des colombes, des coucous, des chouettes, des perroquets… autant de volatiles dont les populations locales collectionnent pourtant les plumes. Pourquoi ? C’est ce que l’on s’apprête à savoir.

 

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Assez piaillé ! On traverse la vallée de Tari à la rencontre d’un peuple dont les traditions n’ont pas changé depuis des millénaires, pas même sous l’influence des explorateurs européens échoués en Nouvelle-Guinée, dans les années 1930. Ici, la richesse d’un individu s’évalue en cochons, en femmes et en terres. Plus on en a, mieux c’est. Ainsi raisonnent les Hulis, la plus grande tribu de Papouasie (300 à 400 000 personnes). Elle se distingue par une coiffure dont on est amené à voir la fabrication.

 

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Le traducteur s’avance vers le chef du groupe, un homme au regard sévère, affublé de plumes multicolores, des plumes de paradisiers. Il s’est laissé pousser les cheveux à la puberté, ainsi que les autres hommes de la communauté. À sa droite, Kupunu se présente comme le coiffeur du village. Il coupe, puis coud la toison des adolescents pour en faire des perruques. Certaines sont d’usage quotidien ; d’autres, plus chargées, servent lors de cérémonies ou de festivals, tels le Sing-Sing, en septembre. Ce sexagénaire au visage marqué est à la tête d’une wig school (wig signifie perruque en anglais). Les pères y envoient leurs fils à l’âge de quatorze, quinze ans, après leur avoir enseigné la pêche et la chasse, afin qu’ils apprennent à se faire pousser les cheveux correctement. Tout un art ! Un trimestre coûte 200 kinas, soit 80 dollars, la plupart du temps convertis en bétail. Il faut se réinscrire autant de fois que l’on souhaite de perruques.

 

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Les familles investissent dans cette « éducation » davantage par superstition que par ambition. Kupunu jette un sort à la chevelure de ses élèves. Et ce sort ne fonctionne que si ces derniers ont préservé leur virginité. Le maître crache dans une tige de bambou gorgée d’eau. Les boutonneux en aspirent la moitié, avant de la recracher en l’air et, enfin, de l’avaler. Cet exercice est censé purifier leur âme. Quant à leur corps, ils le nettoient en buvant l’autre moitié. On comprend pourquoi l’école se situe à proximité d’une crique. Les adolescents doivent également mouiller leur tête trois fois par jour. Ils suivent un régime particulier, excluant le cœur et le gras de porc, ainsi que les épices.

 

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Avant de s’en retourner à ses tâches, Kupunu explique que l’effectif de ses « classes » est passé de 30 à 10 disciples. Les jeunes souhaitent apprendre le pidgin, langue nationale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et optent désormais pour des écoles publiques. Sur ce, on se dirige vers le Mont Hagen, où se prépare le Sing-Sing, spectacle rassemblant plusieurs tribus soucieuses de montrer leurs traits distinctifs à travers des danses enflammées. Des dizaines de groupes, venus des quatre coins du pays, rivalisent d’élégance et de richesse. Certains portent des fruits, d’autres sont vêtus de paille. L’après-midi promet d’être longue. Les festivités s’étendent sur deux jours. Abasourdi par le continuum musical, on regagne sa hutte à l’Ambua Lodge. Fondé en 1985, cet hôtel domine la vallée de Tari à plus de 2 000 mètres d’altitude. Le point de chute idéale pour se remettre de ses aventures avant de s’acheminer, dès le lendemain, vers le nord du pays.


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