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Slovénie - Atlantico

Les secrets de l’art slovène

  |   Atlantico Grand Large, Europe, Slovénie

 

Berlin, Londres, Rome… Quand on parle d’art en Europe, on oublie souvent les villes plus modestes comme Ljubjana. La capitale de la Slovénie est en effet un extraordinaire et méconnu musée à ciel ouvert.

 
Article publié sur Atlantico.fr le 14 décembre 2013
 

Que connaît-on de la Slovénie ? Très peu de choses, hormis son potentiel thermal, son implication dans le développement durable et ses forteresses chargées d’histoire. Il existe pourtant une culture et un art slovène développés. Un art auquel le Petit Palais rendait hommage pas plus tard qu’au printemps dernier, en initiant le public français au quatuor impressionniste formé par Ivan Grohar, Matija Jama, Matej Sternen et Rihard Jakopič, à la fin du XIXe siècle. Peintures à l’huile, peintures à l’eau. Et, au-delà des flots, des pièces architecturales de toute beauté, comme en témoignent les ponts et les rues de Ljubljana, la ville-musée. Car chaque monument de cette capitale indument méconnue est à apprécier lors d’un beau voyage insolite comme une œuvre d’art à part entière.

 

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Fleurons artistiques de Ljubljana, le musée national de Slovénie et la galerie nationale de Slovénie abritent chacun des collections extrêmement différentes. Âgé de seulement deux siècles, le premier s’impose, au cœur d’un espace vert raisonnablement grand, comme la plus vieille institution muséale du pays. Sa façade s’apparente toutefois à l’architecture de sa rivale, à laquelle on accède via une allée bordée de haies épineuses et de bancs en bois. La proximité de leurs noms et de leur style prête à confusion. Ce qui ne trompe pas, en revanche, c’est la complémentarité de leurs fonds, préhistorique pour l’un ; classique pour l’autre. Pièce maîtresse du musée national, la flûte de Néandertal, fabriquée en os, plonge les visiteurs dans une rêverie pré-antique. La galerie, de son côté, suit fidèlement la chronologie des beaux-arts européens.

 

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On s’y perd plus facilement qu’on ne le croit, d’autant que l’aile dévolue à l’art national se trouve actuellement en rénovation. On doit le gros de la collection permanente à Ivan Grohar, dont les paysages aussi pointilleux que pointillés émerveillent par leur suavité. Parmi les peintres français présentés – que l’on traque dans un habituel accès de chauvinisme –  Jean Jouvenet et Élisabeth Vigée Lebrun. C’est, néanmoins, aux artistes du nord, tel Jordaens, que le musée fait la part belle. Pour une fois, l’Italie se voit sous-représentée.

 

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Le pleinairisme couplé à des thématiques urbaines, sinon urbanistes : voilà l’apanage des impressionnistes, dont on comprend qu’ils aient rapidement pris racine en Slovénie. Si l’on considère Ljubljana comme une œuvre d’art en soi, leurs toiles passent alors aisément pour des mises en abyme. Modèle favori des peintres de cette époque, le Tromostovje – soit Triple Pont en français -, est une étape inéluctable dans la capitale slovène. Héritière d’une construction en bois datant du XIIIe siècle, son enveloppe moderne en pierre, revêt la forme d’un arc depuis le XVIIe siècle. Ce n’est qu’en 1929 que l’architecte slovène Jože Plečnik lui greffe deux autres ponts piétonniers, afin de faciliter la circulation urbaine.

 

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Tout aussi emblématique, le pont aux Dragons – Zmajski most, en slovène – le tout premier pont européen en béton armé. Baptisé ainsi à cause des reptiles ornementaux postés en ses quatre coins, il inspire ordre et sécurité aux habitants de Ljubljana. En foulant sa carcasse indestructible, c’est un sentiment de contrôle et de puissance que l’on éprouve et approuve à mesure que l’on égare son regard dans les profondeurs de l’onde.

 

La Cathédrale Saint-Nicolas se veut, elle aussi, un chef d’œuvre ; un chef d’œuvre d’architecture baroque. Les sculptures figurant les évêques de Ljubljana, à l’entrée, annoncent tout de suite la couleur. On s’apprête à pénétrer dans l’exacte réplique du Gesù de Rome, quoique le monument slovène arbore un dôme vert des plus remarquables. Ses fresques, les fioritures autour de son autel et les dorures de ses orgues ne manquent pas de faire de l’effet. Grâce à sa toiture originale, encadrée de tours jumelles, on repère de très loin ce pilier de la place Vodnik, à deux pas du Tromostovje. Le plus intéressant, ce sont ses métamorphoses successives au fil des ans : église romane au XIIIe siècle, reconstruite dans un style gothique des suites d’un incendie en 1361, elle recouvre son apparence actuelle au tout début du XVIIIe siècle, sous la férule de l’architecte jésuite Andrea Pozzo qui l’agrémente de fresques baroques signées Giulio Quaglio, les frères Paolo et Giussepe Groppelli et Francesco Robba.

 

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À la beauté intrinsèque de certains sites s’oppose la beauté artificielle, si ce n’est superficielle, de quelques immeubles devenus, à la longue, incontournables. En effet, le Street art court les rues – pour ainsi dire –, à Ljubljana. Depuis 2008, l’artiste Morka orne les murs de la capitale slovène de dragons saumon et de portraits difformes. Sa mythologie diffère radicalement de celle de Pos dont l’oeuvre-phare ressemble d’ailleurs à une sorte de Minotaure bodybuildé, mais dont la musculature exceptionnelle rompt avec la silhouette frêle qu’il prête au reste de ses personnages. Cet été, Azram a augmenté sa série de fresques urbaines d’une créature mutante mi-tortue, mi-poisson chevauchée par des souris. Et il y en a qui, comme Rex, débordent du cadre mural pour travestir les voitures.

 

Autant dire que l’art, au sens large du terme, occupe une place primordiale à Ljubljana, que l’on devrait désormais appréhender comme une sorte de musée géant.