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Dans les coulisses de Roland Garros

  |   Atlantico Grand Large, Europe, France   |   No comment

 

Fauconnier, ramasseurs de balles, et cordeurs… À l’approche des finales, rencontres exclusives dans l’ombre de Roland Garros.

 

Article publié sur Atlantico.fr le 6 juin 2015

 

Il est 6h. Le soleil émerge timidement derrière la brume matinale. Rien à l’horizon. Un point noir surgit alors dans cette immensité voilée. Sa forme se dessine à moindre altitude. Deux grandes ailes prolongent ce petit corps mouvant. On dirait un rapace. Oui, c’est bien un faucon qui plane au-dessus du Stade Roland Garros. Cachés près des terrains d’entraînement jouxtant le court Philippe Chatrier, derrière le RG Lab et quelques stands encore fermés, Verschatse Ludwig et sa femme attendent la fin de son survol. Quatre ans que le couple de fauconniers contribue au bon déroulement des Internationaux de France de tennis. Comment ? En chassant les pigeons hors du site.

 

Voyage sur mesure découverte de Roland Garros.

 

« Il y en avait près de 250 quand nous sommes arrivés, en 2011. Cette année nous n’en avons trouvé qu’une trentaine », déclare Verschatse Ludwig. « Trente ans que je suis dans le métier et c’est un véritable honneur que de travailler pour la FFT (Fédération Française de Tennis) ». Une collaboration qui coule de source, sachant que sa fauconnerie est la seule, en France, à détenir toutes les autorisations nécessaires à la commercialisation de rapaces, une espèce fascinante qui dévorerait ses petits, sans l’intervention de rares passionnés. Ainsi s’instaure une relation de confiance entre le sauveur et le sauvé. Passés douze ans d’entraînement intensif – aussi intensif que celui d’un sportif – les faucons sont séparés de leurs maîtres, afin qu’ils retrouvent un intérêt pour leurs congénères. Une fois accouplé, jamais un mâle n’attaquera sa partenaire. Inversement, une femelle épargnera toujours le père de ses petits. Lorsque ceux-ci sont menacés, le cycle se répète.

8h30. La ronde du prédateur aperçu à l’entrée de Roland Garros prend fin. On quitte l’équipe au grand complet – les buses Chuck, Easy, et Tara, ainsi que les faucons Nobel, Apollo et Feignant – pour rejoindre les vestiaires des ramasseurs de balles. Direction le Court n°1, à côté de la place des Mousquetaires, où les matchs du Central défilent sur écran géant. Une dizaine de marches mènent au bureau du responsable. L’équipe est détendue quoique sur le qui-vive, c’est-à-dire à même de gérer n’importe quel incident. Bonne nouvelle : les inscriptions 2016 sont ouvertes ! L’occasion idéale de poser quelques questions. Pour devenir ramasseur de balles, il ne suffit pas d’être sportif. Il faut avoir entre 12 et 16 ans et détenir une licence de tennis.

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Voyage sur mesure découverte de Roland Garros.

 

Le processus de recrutement commence par dix « journées de sélection » mêlant épreuves techniques et physiques. Deux ont lieu à Paris, et le reste à travers la France entière, ce qui n’était pas le cas avant 2000. S’ensuit un stage de formation de cinq jours, où les 450 lauréats sont initiés aux exigences du Grand Chelem. Il n’en restera que 220 pour complaire aux besoins des joueurs. Sharapova prend ses balles à droite, Nadal utilise une « double serviette » (à commencer par celle qui l’attend à l’extérieur du court), Gasquet veut la sienne roulée en boule… Quelle est la pire erreur que puisse commettre un ramasseur ? Récupérer une balle avant la fin d’un point. « C’est arrivé une fois, il y a trois ans, et le coupable a, bien entendu, fini la quinzaine. C’était l’une de nos meilleures recrues ».

 

Voyage sur mesure découverte de Roland Garros.

 

Errare humanum est ? Pas sûr que tout le monde soit du même avis. Installés au fond du RG Lab, les cordeurs ne peuvent se permettre d’altérer la frappe du joueur dont ils ont la charge. En effet, parmi la quinzaine de professionnels mobilisés lors du tournoi, chacun se voit attribuer une machine et un champion. Deux constantes censées garantir la régularité, soit qualité, de leur travail. Le cordage est un triple indice ou gage, de confort, de puissance et de contrôle. « Jouer avec une raquette mal cordée, c’est comme rouler dans une Ferrari avec un moteur de 2CV », nous explique-t-on au stand Babolat, sponsor de Roland Garros. À la machine n°1, Laurent Lucas recorde l’une des raquettes de Richard Gasquet, qu’il a connu à ses débuts. « Cela fait 30 ans que je suis cordeur ; 17 ans, que je travaille à Roland Garros ». À côté, Stéphane Chrzanovski consigne le nom de son prochain client sur une page déjà noircie. « J’aurais dû tenir un journal dès le départ ». Dommage certes, mais cette négligence atteste la modestie de ce corps de métier. Et le tenant de la machine n°2 d’ajouter : « Les joueurs nous connaissent bien, et vice versa. Ils nous arrive de boire un verre ensemble mais il faut savoir garder une certaine distance avec eux. On ne va pas ennuyer Federer tandis qu’il veille sur ses enfants, par exemple ».

 

Voyage sur mesure découverte de Roland Garros.

 

Le métier de cordeur n’est pas de tout repos. « Durant le tournoi, on travaille tous les jours de 7h à 21h », explique Laurent Lucas qui, d’une simple caresse, aligne montants (cordes verticales) et travers (cordes horizontales). Un doigté synonyme de rapidité. Avec l’expérience, il faut pouvoir corder en 15 minutes chrono. Même si les tennismen se munissent toujours de plusieurs raquettes, il n’est pas rare qu’ils en envoient une (voire cinq, dans le cas de Nadal) à ajuster au beau milieu d’un match. Pendant les qualifications, le cordage coûte 20 euros ; quand la compétition se resserre, le prix s’élève à 25 euros par raquette. Hors tournoi, ce service ne coûte plus que 12 euros. Passée la finale, les cordeurs français poursuivent d’ailleurs leur office en magasin, dont certains à La Griffe, boutique-phare de Roland Garros. Depuis l’an dernier, le record à battre est de 4 000 raquettes cordées pendant la quinzaine.
Quant aux joueurs, un favori pour cette année ? Même réponse des deux côtés : si Djokovic semble destiné à remporter sa première victoire sur la terre battue de Boulogne, ce serait merveilleux que Nadal obtienne la décima (un dixième titre). Ce ne sera pas pour cette année…

 

 

 

 

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