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Le Lutetia, un hôtel chargé d’histoire

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Inauguré le 28 décembre 1910, à l’angle du boulevard Raspail et de la rue de Sèvres, le légendaire Lutetia a récemment fait peau neuve. Cette institution de la Rive Gauche. L’idée de sa construction revient – ne l’oublions pas – à la famille Boucicaut, fondatrice du Bon Marché, dont les prestigieux clients cherchaient une adresse luxueuse où résider, le temps de leurs emplettes, à Paris. Il s’agissait donc de redonner vie à ce lieu culte en respectant ses racines, son identité, sa personnalité.

Lourde responsabilité confiée à Jean-Michel Wilmotte, qui résume ledit défi en ces termes. « Il y a deux choses bien différentes : faire un hôtel ET faire le Lutetia qui est certainement l’un des plus grands hôtels de la Rive gauche. Il convient de repartir aux origines : on a ici un bâtiment construit par la volonté de la famille Boucicaut pour accompagner le Bon Marché, leur grand magasin. Et on a une date, 1910 : c’est l’époque de transition entre Art nouveau et Art déco. C’était le point de départ. Il faut se pencher ensuite sur la qualité architecturale de ce bâtiment. Nous avons découvert tout le travail magnifique d’ornementation réalisé sur les fenêtres, sur les corniches, sur les balustres. Vraiment extraordinaire. »

L’architecte et son équipe ont complètement repensé les espaces du rez-de-chaussée. Passé de 233 à 184, le nombre de chambres a diminué, afin de laisser la place à 47 suites dont sept dites « Signature », et répondre ainsi aux critères contemporains de l’hôtellerie de luxe. À ce propos, la technologie occupe une place importante quoique discrète dans le nouvel écrin du Lutetia. Mis aux normes de la réglementation actuelle, l’établissement excelle désormais dans la gestion de l’énergie et dans le recyclage des eaux.

Le travail de Jean-Michel Wilmotte s’articule avant tout autour de la lumière. Un jardin intérieur a ainsi été percé afin d’éclairer l’ensemble du bâtiment, mais aussi d’offrir une perspective différente sur la façade et son emblème, un majestueux navire. Ce patio, où il fait bon prendre son petit-déjeuner, établit un véritable lien entre les divers espaces du rez-de-chaussée, le Salon Saint Germain, la Bibliothèque ainsi que le Bar Joséphine, ancien salon Borghèse.

« Nous nous sommes aperçus que, sous des dizaines de couches de peinture, il y avait des fresques de très grande qualité », poursuit l’architecte en chef. « Nous les avons dégagées, grattées, et nous les avons fait réapparaître. C’est comme si nous avions retrouvé un morceau d’histoire du bâtiment de 1910. Au salon Borghèse (l’actuel bar) nous avons découvert un motif floral d’époque. Au niveau de l’entrée, nous avons retrouvé et mis en exergue toute une série de frises et de bas-reliefs. Ces fresques, ces patines font resurgir des traces du passé qui avaient disparu. En un mot, nous avons éliminé tout ce qui n’avait plus de mémoire, et nous avons remis en valeur tout ce qui en avait. » 

Parmi les faits notables, il convient de souligner le caractère imposant des baignoires, toutes d’une tonne et creusées dans un seul et même bloc de marbre. Pour ce qui est des anecdotes, Jean-Michel Wilmotte n’en a pas, ou peu. Il préfère évoquer certaines émotions éprouvées à des étapes clef du chantier. « Quand on casse une chambre et que l’on sait que cette suite est celle où le général de Gaulle a passé sa nuit de noces. On a envie d’en garder des traces. Il y a toute l’histoire qui s’est construite depuis 1910, et puis il y en a une deuxième, celle qui s’est superposée à la première dans les années 60-70, quand l’hôtel était le QG des artistes, l’endroit où ils dormaient, leur deuxième maison. Les artistes et les couturiers. On essaie de faire revivre tout ça. C’est intéressant que toutes ces périodes apparaissent, celle de Madame Boucicaut, de César, d’Arman, d’Yves Saint Laurent, de Sonia Rykiel… Tous ceux qui sont passés dans ce lieu l’ont tour à tour marqué. »

En effet, après sa construction, confiée à Louis-Hyppolyte Boileau et Gustave Eiffel, le Lutetia devient rapidement un rendez-vous incontournable pour les personnalités de la littérature, de l’art, de la couture, de la politique et du cinéma. André Gide y vient pratiquement tous les jours déjeuner ou rencontrer un auteur. Albert Cohen y rédige quelques pages de Belle du Seigneur, monument de la littérature du 20è siècle. Antoine de Saint-Exupéry et sa femme Consuelo y descendent, tout comme Roger Martin du Gard, prix Nobel de littérature en 1937. Les étrangers ne tardent pas à leur emboîter le pas, notamment les Américains de la Lost Generation dont les éditeurs occupent le quartier.

Passons l’épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale, durant lequel le palace se voit, comme nombre d’autres, réquisitionné. Au lendemain du conflit cependant, le Lutetia s’impose comme le point de rencontre phare entre les déportés et leurs proches. Une plaque scellée sur la devanture de l’hôtel rappelle cet événement.

Peu de temps après, alors que Paris redevient progressivement une fête, les stars de Joséphine Baker à Serge Gainsbourg, en passant par Isabelle Huppert, David Lynch, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, y élisent domicile. Les artistes, Arman, Philippe Hiquily, ou encore le sculpteur grec Vassilakis Takis participent également au rayonnement de l’établissement. César, le roi des compressions, y décore sa suite. De son côté, Sonia Rykiel supervise les premiers travaux de rénovation de l’hôtel, dans les années 1970.

Sans oublier le cinéma, toujours à l’honneur dans ce temple de l’Art nouveau parisien, reconverti à l’occasion en lieu de tournage (Le parfum d’Yvonne de Patrice Leconte, La Chambre de Cédric Klapisch…). À présent, voilà l’Hôtel Lutetia placé sous l’égide The Set Hotels. Il rejoint ainsi, dans cette collection, l’Hotel Café Royal de Londres et le Conservatorium d’Amsterdam qui, à l’instar de leur petit frère parisien, ont la particularité de s’inscrire avec modernité dans le patrimoine historique de leur ville d’accueil.

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