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Le Domaine des Etangs, une bouffée d’art frais

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Dans cette ancienne seigneurie, perdue au poker par son premier propriétaire, habitée par des agitateurs criblés de dettes, de Chasteignier de la Roche-Posay, restaurée pour la première fois en 1860, rachetée par Fleury Michon au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, l’art occupe une place à part. Didier Primat, petit-fils de Marcel Schulmberger, s’y installe dans les années 1980, avec son épouse et ses quatre enfants, dont Garance, l’actuelle maîtresse de maison, qui voit ses parents s’y remarier et sa fratrie (ils sont huit au total), dès lors, s’agrandir.

C’est elle la libellule du Domaine, emblème que l’on retrouve aux quatre coins de l’établissement en tant que symbole d’un équilibre retrouvé entre l’air, la terre, le feu et l’eau, mais aussi entre l’enfance et l’âge adulte. Les Etangs sont un temps pour la contemplation de la nature. Une vocation qui transpire dans la collection Dragonfly (libellule, en anglais), que Garance Primat, grande amatrice d’art aborigène, constitue progressivement au contact de plasticiens contemporains.

A l’entrée trône The Sun, un cerceau en bronze signé d’Ugo Rondinone. Un, deux, trois… soleil ! Derrière le château se cache un cercle en marbre (Ring of White Marble) de Richard Long. Irina Rasquinet signe Mère Veilleuse, une poignée de matriochkas sans visages postées au bord de l’eau, et une flèche en or monumentale dit « éthernELLE », jeu de mots qui souligne le rôle essentiel que joue l’environnement au sein des mille hectares décrits ici.

Quatre nouvelles œuvres s’apprêtent à compléter la collection du Domaine des Etangs. Relatum, L’ombre des étoiles de Lee Ufan, du sol au soleil de Tomás Saraceno, pièce unique inspirée de sa série Cloud Cities. Wang Keping s’est offert de sculpter un arbre in situ. Enfin, Marc Couturier propose Tremblements de Ciel en hommage à l’artiste honoré à la Laiterie – qui sert d’espace d’expositions depuis 2017 – à savoir Yves Klein.

Dans cette dépendance agricole du XVIIIè siècle, rénovée par le designer Raphael Navot (l’Hôtel des Arts et Métiers, La Grande Epicerie Rive Droite…) en 2015, se tient actuellement une rétrospective consacrée au père de l’art conceptuel. « Yves Klein est l’un de mes artistes préférés parce qu’il engage à dialoguer avec les éléments », soutient Garance Primat.

À travers ses « Feux » et ses « Feux Couleurs », ses « Cosmogonies », ses « Monochromes », ses « Anthropométries », ses travaux immatériels et ses projets d’architecture de l’air, l’artiste tentait de capter les liens invisibles qui unissent les composantes de l’univers. Cette quête d’empreintes, qu’elles soient atmosphériques, végétales ou géologiques, trahit un désir de saisir l’essence et la trace de l’immédiat, de « voir ce que l’absolu avait de visible » : l’ordre de l’univers, le mouvement de toute forme, la marque des éléments.

En revanche, loin de l’artiste « l’idée de se salir les mains avec la peinture ». En 1961, Klein décide de peindre avec la puissance du feu. Quoi de mieux pour traduire sa passion ? De magnifiques exemples de toiles embrasées scandent le parcours, lequel s’ouvre sur trois monochromes, dont deux appartenant à Garance Primat, sa plus grande admiratrice. « Pour moi, chaque nuance d’une couleur est en quelque sorte un individu, un être qui n’est que de la même race de la couleur de base (sic), mais qui possède bien un caractère et une âme personnelle différente. Il y a des nuances douces, méchantes, violentes, majestueuses, vulgaires, calmes, etc. En somme, chaque nuance de chaque couleur est bien une “présence”, un être vivant, une force active qui naît et qui meurt après avoir vécu une sorte de drame de la vie des couleurs. »

Au cours d’un voyage de Paris à Nice, Klein fixe sur le toit de sa voiture une toile fraîchement peinte en bleu et laisse agir sur elle les intempéries, donnant ainsi naissance à « Vent Paris-Nice, COS 10 ». Un peu plus tard, il applique sur de grands papiers des roseaux, des joncs et y pulvérise des pigments (« Roseaux, joncs, bords du Loup, Cagnes 1960, COS 21 »). Il plonge également son œuvre dans l’eau d’une rivière (« Embouchure du Loup, COS 4 »). Dans son texte « L’Aventure monochrome », on découvre que « les couleurs sont [selon lui] des êtres vivants, des individus très évolués qui s’intègrent à nous, comme à tout. » Cette exposition est probablement celle qui répond le mieux la philosophie des Etangs, où Mère Nature dicte sa loi.

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