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De l’art et du lard, à Molitor

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Inauguré en 1929, Molitor a été pendant soixante ans la piscine la plus courue de Paris pour ses deux bassins, ses galas, ses initiatives avant-gardistes. Parfait exemple de style « paquebot » le bâtiment est né sous le crayon Lucien Pollet qui opte pour des formes géométriques et matériaux modernes. À l’inauguration, Johnny Weissmull, champion de natation par cinq fois médaillé d’or aux Jeux Olympiques, y intervient comme maître-nageur, Boris Vian, dont c’est le centenaire cette année, consacre un chapitre de L’Écume des jours à ce lieu magique. Enfin, le bikini y sera révélé au monde entier dans le cadre d’un défilé inoubliable, en 1946.

Fermé en 1989 et classé monument historique, le lieu est progressivement investi par des artistes qui en font un énorme atelier d’art urbain, un temple de l’underground parisien. En 2014, Molitor renaît de ses cendres, au rythme de trois mots, pool, art, life. Telle est sa devise. Transformé en hôtel de luxe, l’établissement s’impose d’emblée comme un carrefour de rencontres et d’échanges où l’Histoire continue de s’écrire, au jour le jour.

Piqûre de rappel historique qui, en ces temps de confinement, fait du bien car, une fois cette pénible période terminée, il sera temps de partir à la redécouverte de notre patrimoine, puis à la conquête de nouveaux horizons, bien sûr. Si l’hôtel Molitor dort, comme il se doit, en ce moment, rien ne nous empêche d’évoquer l’exposition qui sommeille, elle aussi, en son sein. Baptisé « Bits and Pieces », il s’agit du tout premier solo show français de DOES, icône du monde de l’art urbain.

Le projet ne se limite pas à un accrochage. Loin de là ! D’une audace dévorante, l’artiste a proposé de collaborer avec la brigade de Molitor, dans le cadre d’un dîner exceptionnel, où graffiti, viandes, légumes et poissons, confiraient à l’unisson. Pour le plus grand plaisir des yeux et des papilles. Ce repas unique était prévu le mardi 21 avril à 21h. Sous réserve des places disponibles. L’ancienne piscine paquebot navigue à vue. Mais ne sommes-nous pas tous dans le même bateau ?

C’est un destin atypique qui marque la vie de Joos Van Barneveld alias DOES. L’artiste néerlandais, né en 1982, se destine dans un premier temps à une carrière footballistique. À force de rigueur et de persévérance, il atteint aux premières divisions des Pays-Bas. Dans le même temps, DOES se forge une identité secrète en pratiquant le graffiti de manière clandestine aux quatre coins de la ville. Forme d’exutoire pour échapper à la pression d’une carrière sportive, l’art urbain lui permet d’exprimer une autre facette de sa personnalité. En 2010, après une série de blessures regrettables, Joos van Barneveld abandonne les stades pour cultiver exclusivement sa fibre artistique.

C’est dans la beauté brute des murs et dans la composition des lettres que DOES puise son inspiration. Influencé par les pionniers américains et européens du street art, il a su faire évoluer son travail pour aboutir à un style qui lui est propre. Résultat : une maîtrise incroyable des couleurs, des contours et du relief. Son lettrage vibrant s’étire sur l’étendue de fresques flamboyantes que l’artiste réalise aux quatre coins de la planète. En Australie, au Maroc, en Écosse, au Mexique, aux Etats-Unis… Sa créativité ne connaît pas de limite. Ces compositions murales se nourrissent  de ses travaux d’atelie, telle la série « BRIQUE », tags sculptés en résine.

Rencontre du troisième type : après l’architecture, l’artiste à l’honneur, reste le restaurant à couvrir. Y règne également un parfum sinon de clandestinité, du moins de mystère car, ils sont plusieurs aux fourneaux du Molitor. Ces anonymes travaillent sous la houlette de Jonathan Dove, le directeur de celle qui porte le nom Brasserie Urbaine. Ballotés entre l’Art Déco caractéristique des lieux et l’univers du graffiti, les chefs de l’ombre offrent une cuisine qu’il qualifient eux-mêmes de « contemporaine et décomplexée ». Incontournable, le brunch du dimanche ne déçoit jamais. On compte les jours avant la réouverture de cette merveilleuse structure hôtelière. Pourquoi ne pas y séjourner, s’il est maintenu, durant le tournoi de Roland Garros ? C’est la porte à côté !

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