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Visite privée des Cristalleries Saint-Louis

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C’est un voyage hors du temps qui nous attend à Saint-Louis-lès-Bitche, au nord des Vosges. Un voyage en profondeur dans un puits de savoir-faire époustouflant. Bienvenus à la Maison Saint-Louis, la plus ancienne cristallerie de France. En 1586, la verrerie de Holbach, qui avait dû cesser toute activité faute de bois, rouvre ses portes à Muntzthal. Et Louis XV de lui conférer, deux siècles plus tard, le qualificatif de « royale ». C’est là, que le secret de la fabrication du cristal, mise au point en Angleterre en 1676 par Georges Ravenscroft, est percé en France. Une découverte reconnue par l’Académie des sciences l’année suivante. La manufacture traverse les siècles, les guerres, jusqu’à son rachat partiel (80% en 1989), puis complet, par le groupe Hermès, en 1995.

 

Le séjour se découpe en deux jours. Il s’agit tout d’abord de se promener autour de la manufacture avant d’en franchir, dès le lendemain, le seuil. La promenade débute devant un tableau d’Édouard Pingret (1835) figurant notre point de chute, soit point de vue dans la forêt alentour. Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas. Et quand bien même ce serait le cas, le prédateur le plus féroce de la région serait la tique, selon à Jean-Luc, notre adorable guide, et non, comme on pourrait s’y attendre, quelque mammifère aux dents pointues.

Passé deux petites heures de marche, rendez-vous dans un lieu top secret. Personne, à Saint-Louis, n’en connaît l’emplacement. Il ne tient pas à nous de le révéler. Il s’agit des archives, que représentent 60 000 documents papier, et 7 000 pièces en cristal, dont un tiers occupe le musée, ouvert en 2007, à deux pas. On se croirait dans une caverne d’Alibaba où, sur vingt-six tables, s’exposent différents savoir-faire. Certains sont rangés par couleur, d’autres par technique. Nous y découvrons un jaune disparu de la palette de Saint-Louis. C’est l’orpiment, qui contient de l’arsenic. Son utilisation est désormais interdite en raison de sa toxicité.

 

La soirée se poursuit dans la maison de direction qui, comme son nom l’indique, a vu se succéder tous les directeurs de la cristallerie. Neuf familles y ont vécu depuis 1770. Sa rénovation, en 2014, en a changé la vocation. C’est aujourd’hui un lieu de passage, un lieu de vie. Il est rare qu’y dorment des « outsiders ». Nous faisons, en somme, partie d’une poignée de privilégiés.

Lever aux aurores, pour entrer au cœur de l’action. Après réception d’un badge, cap sur les vestiaires, pour revêtir une blouse, des lunettes de protection, et des boules Quies, au cas où le bourdonnement de certaines machines ne devienne insoutenable. Premier arrêt : l’atelier du chaud, lui-même divisé entre le four à bassin, en activité 24h/24, 7j/7, d’une durée de vie de sept ans. Et le four à pots, destinés aux pièces de couleur. À l’intérieur, la température monte jusqu’à 1 450 °C, pour permettre la fusion des matériaux. Les artisans s’activent selon une chorégraphie bien répétée, « cueillant » des cristaux à l’aide de longs manches avant de les transmettre aux souffleurs de verre, tandis que nous observons ce ballet rondement maîtrisé, depuis une passerelle en hauteur.

Deuxième étape : l’atelier du froid, où s’opèrent la taille, la gravure, le choix, et la signature de chaque pièce. Le chef d’atelier nous propose de manier une meule et de remporter chez nous le fruit de nos efforts. Une expérience réjouissante, même s’il vaut peut-être mieux compléter ce souvenir par l’acquisition d’un modèle vendu dans la boutique accolée au musée.

 

Demi-tour pour admirer deux jeunes talents étirer la matière, vouée à être réutilisée sous sa forme allongée par l’atelier presse-papiers, objet qui distingue Saint-Louis de ses concurrents depuis 1845. L’opération est répétée une dizaine de fois par jour. Modelées au chalumeau, aux pincettes, et ciseaux, les baguettes qui en découlent – baguettes dites magiques – servent à créer des paysages, des personnages, des histoires ensuite protégées au sein d’une boule de cristal. C’est la technique du « millefiori ». Détail souvent tu : quand on sait que les initiales de la maison se cachent dans chacune de ces compositions, l’envie de les repérer devient irrésistible. À nous de jouer !

La visite s’achève à la lustrerie. Parmi les photos exposées, celle d’un luminaire de neuf mètres de haut attire immédiatement l’attention. Commande d’une grande fortune russe. À chaque pièce, son emballage en mousse. Tout rentre parfaitement ! Quelle précision ! L’heure de se recouvrer sa tenue de civile a sonné. Pourquoi ne pas prolonger l’expérience au musée, juste à côté ? Le célèbre artiste Patrick Neu, qui vit dans la région, y présente des pièces qui ne manquent pas d’intérêt. Au contraire !

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