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Les trésors apolliniens du Louvre

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La galerie d’Apollon, l’un des lieux emblématiques du palais du Louvre, écrin d’un des fonds historiques les plus précieux du musée, rouvre ses portes au public à l’issue de travaux et de réaménagements muséographiques débutés il y a dix mois.

Cette rénovation repose sur la création de trois nouvelles vitrines destinées aux Diamants de la Couronne. La nécessité de repenser la présentation de ces trésors est à l’origine de la rénovation muséographique entreprise dans l’ensemble de la galerie. L’enrichissement régulier de la collection depuis les années 1990 avait conduit le musée à exposer les bijoux et pierres précieuses de la Couronne dans deux lieux distincts du département des Objets d’art, à savoir la salle 550 du premier étage de l’aile Richelieu et la galerie d’Apollon. Or, cette dernière correspond à l’emplacement initial de ces fameux Diamants acquis en 1532 par François Ier, transmis de règne en règne malgré les vicissitudes de l’Histoire, et vendus presque entièrement par l’État en 1887.

Les vingt-trois bijoux réunis au Louvre se divisent désormais en trois ensembles. Une période par vitrine. Aux bijoux antérieurs à la Révolution répondent les bijoux du Premier Empire, de la Restauration et de la monarchie de Juillet, ainsi que les bijoux du Second Empire avec les vestiges des grandes parures de l’impératrice Eugénie. Certains s’accompagnent même de leur écrin.

Les anciennes vitrines en bois doré, accolées aux murs, nichées dans l’embrasure des fenêtres, continuent d’abriter, quoique réagencées, les collections de pierres dures de Louis XIV, auxquelles se mêlent des gemmes d’origine royales, des pièces ayant appartenu à Charles IV d’Espagne ou Napoléon Ier. Peintures et murs ont également subi un dépoussiérage impressionnant. Sans oublier les tapisseries, chefs-d’œuvre des Gobelins commandés par Duban en 1852, fortes d’une restauration en bonne et due forme.

Galerie royale (600 m2), décorée par les plus grands maîtres français, de Le Brun à Girardon, en passant par Lagrenée, Delacroix, la galerie d’Apollon a servi de modèle à la galerie des Glaces du château de Versailles. Conçue à l’origine comme une salle de réception pour Louis XIV, elle arbore la même décoration depuis plus de deux siècles. Peuplée de 105 œuvres d’art (41 peintures, 36 groupes de sculptures soit 118 sculptures au total, 28 tapisseries), elle fut intégralement reconstruite après un incendie, en 1661. Charles Le Brun, premier peintre du roi, imagine alors un décor peint et sculpté sur le thème du soleil, sa course dans l’espace (la terre et l’eau, les continents) et le temps (le zodiaque). Le mythe du dieu Apollon, incarnation de l’astre en question, qu’évoque aussi le cortège des Muses, glorifie la personne de Louis XIV, alias le Roi Soleil. L’ensemble offre une vision idyllique de l’univers sous le signe de l’harmonie dont Phoebus est le garant.

D’autres artistes y ont laissé leur empreinte. Les stucs, par exemple, sont dus au sculpteur Girardon. Et Louis XIV de laisser la galerie inachevée. Enrichie par des académiciens au XVIIIe siècle, celle-ci sera enfin complétée entre 1849 et 1851. Fer de lance d’un projet de rénovation complexe, l’architecte Félix Duban confie la décoration du plafond central à Eugène Delacroix qui choisit d’y représenter Apollon terrassant Python. Scène éblouissante de panache.

1861. Depuis cette date, la galerie abrite la collection de vases en pierres dures de Louis XIV, agrémentée vingt ans plus tard d’un trésor voué à se développer avec le temps, les Diamants de la Couronne. Ces œuvres comptent parmi les plus précieuses du musée du Louvre. Leur histoire s’apparente à une épopée riche en rebondissements. Passée de mains en mains au fil des siècles, cette collection fondée par François Ier, entretenue sous Louis XIV, atteint son apogée sous Louis XV grâce à l’achat du Régent. Ce diamant, « de la grosseur d’une prune de la reine Claude », dixit Saint-Simon, était le plus grand diamant blanc connu en Europe. Depuis la vente par l’État de la quasi-totalité des Diamants, en 1887, le musée du Louvre tente reconstituer son trésor dissolu. La course aux acquisitions est loin d’être finie. Qui dit mieux ?

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