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Hamilton l’expo, c’était à Chicago

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Hier, marquait la fin d’une expérience unique. C’était le dernier jour pour découvrir l’exposition tirée de la plus grande comédie musicale du siècle, celle qui ne cesse de conquérir les cœurs depuis 2015. Y compris celui de Barack Obama, qui demanda à la troupe originale de se produire à la Maison Blanche en 2009, à l’occasion du concours White House Poetry Jam. De quoi asseoir le succès de cette production composée et écrite par Lin-Manuel Miranda, à partir d’une biographie rédigée par l’historien Ron Chernow. Plébiscité par la critique, Hamilton monopolise le box-office américain depuis des années. Divisée en deux actes et 48 titres, la pièce fut d’abord présentée en Off-Broadway au Public Theater, avant de passer, au mois d’août de la même année, à Broadway. Forte de onze récompenses sur seize nominations aux Tony Awards 2016, elle établit un record qu’il sera difficile à battre.

Tout part de la biographie d’Alexander Hamilton. Absorbé par le récit de Ron Chernow, Lin-Manuel Miranda décide de l’adapter en comédie musicale. L’originalité du projet s’accentue à la lumière d’une cinquantaine de titres soul, rap, hip hop, et d’un casting exemplaire en matière de mixité raciale. Il était exclu que tous les pères fondateurs des États-Unis soient interprétés par des acteurs blancs. Car c’est bien l’Amérique qui est au cœur de la trame, laquelle vire d’ailleurs rapidement au drame.

Grandeur et décadence d’un homme connu pour avoir contribué à la rédaction et l’interprétation de la Constitution de 1787, fondé le parti fédéraliste, qui fait de l’État le garant de l’intérêt général, créé l’ancêtre de la banque centrale, et péri dans le cadre d’un regrettable duel. Le 11 juillet 1804, Alexander Hamilton traite le vice-président américain Aaron Burr d’« individu dangereux à qui l’on ne doit pas faire confiance». Un affrontement s’ensuit. Le premier tire en l’air, laissant champ libre au second. Touché à l’abdomen, Hamilton meurt au terme d’une agonie de non moins de trente heures. Son adversaire lui survivra trente années. Un décalage qu’illustre à merveille la frise croisée qui clôt le parcours.

Ce qui nous amène à ladite exposition. Pourquoi Chicago ? Parce que c’est que là que perdure le block-buster musical, désormais au programme du Bank of America Theater jusqu’au début de l’année 2020. Le spectacle qui se donne dans le centre-ville (la salle affiche complet depuis des mois) est si difficile d’accès que l’idée d’un projet dérivé ne pouvait que séduire. Et les équipes du « show » de faire construire un bâtiment susceptible d’accueillir tous les artefacts nécessaires pour raconter leur incroyable aventure, sur Northerly Island, péninsule artificielle d’environ 370 000 m² située en bordure du lac Michigan dans le secteur de Near South Side, non loin du quartier des musées. Expérience à 360°, semi-guidée (des gardiens rythment la visite en ouvrant les portes de chaque salle à un instant T), car chronométrée. Heures de passage fixes. Audio-guide imposé dans lequel résonnent successivement les voix de Lin-Manuel Miranda, Phillipa Soo et Christophe Jackson, qui interprètent respectivement Eliza Schuyler, le grand amour de Hamilton, et George Washington, dans la production originale lancée à Broadway. Sans oublier les commentaires éclairés de Joanne B. Freeman, professeure d’histoire à Yale.

Les acteurs principaux nous accueillent, sur grand écran, dans la toute première salle. Le making-of interactif se poursuit au milieu d’objets et de textes évoquant l’enfance d’Alexander Hamilton. Statues grandeur nature, reconstitutions d’intérieurs, projections de manuscrits, reproductions de tableaux aux murs… tous les moyens sont bons pour capter l’attention du public. La salle de bal peuplée de statues représentant les personnages principaux de l’histoire contée, à savoir l’histoire de l’Amérique compte parmi les installations les plus impressionnantes. De même, la table animée de plans de batailles sur lesquels glissent bateaux et figurines aimantés offre une savoureuse illustration de la victoire de Yorkton. Le parcours s’achève dans une salle obscure devant un extrait de la captation du show, à Broadway. L’exposition qui a fermé ses portes hier devait faire le tour du monde. La tournée est pour le moment suspendue ; ce qui rend cette visite d’autant plus inoubliable.

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