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Le fabuleux destin du Blackstone

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Depuis son ouverture en 1910, le Blackstone s’avère le point de chute privilégié des célébrités et des politiciens à Chicago. Situé en plein centre-ville, à dix minutes à pied de Millenium Park et de l’Art Institute, il porte bien son surnom d’ « Hôtel des présidents ». Teddy Roosevelt, Jimmy Carter y sont descendus. Sans oublier d’autres figures médiatiques telles que les Astor, les Rockefeller, et les Vanderbilt, Lena Horne, Nat King Cole, et Rudolph Valentino. De célèbres criminels y ont aussi fait leur nid, parmi lesquels Al Capone – il fallait s’y attendre –, ainsi que « Lucky » Luciano, mafieux italo-américain, considéré comme le père du crime organisé aux États-Unis. Après une fermeture malencontreuse à la fin du XXème siècle, l’établissement renaît de ses cendres en 2008, cultivant ainsi sa gloire d’antan.

Dans les années 1800, un certain Timothy Blackstone, président de l’Union Stock Yards, quartier des abattoirs, et du Chicago & Alton Railroad, chemin de fer reliant lesdites villes à Saint Louis et Kansas City, se fait construire une résidence au croisement de South Michigan Avenue et Hubbard Court, plus connu aujourd’hui sous le nom de Balbo Street. La propriété est vendue en 1900 à John et Tracy Drake qui décident de la démolir. Et les deux hôteliers d’en confier la reconstruction aux architectes Marshall & Fox. Réouverture en grande pompe, deux ans plus tard…

Les stars s’y bousculent alors. Pas de fenêtre chez le barbier du Blackstone. C’est donc là, par mesure de sécurité et confidentialité, qu’Al Capone s’entretient avec son gang. Tout en recevant une coupe de cheveux. D’une pierre d’alun, deux coups ! Une décennie plus tard, c’est au tour de Charles « Lucky » Luciano de prendre ses aises et quartiers au Blackstone, dont la Crystal Ballroom accueille la première Crime Convention, en 1931. Treize ans après, Harry Truman, qui hésite à se présenter contre Roosevelt, appelle sa femme depuis sa suite pour lui demander conseil. Il aurait également interprété la « Missouri Watlz » de Glenn Miller au piano devant ses équipes.

S’ensuivent les séjours d’Eisenhower, en 1950, du duc et de la duchesse de Windsor, en 1952, et du président Kennedy, alors préoccupé par la crise des missiles de Cuba, en 1962. L’année 1987 marque les débuts du Blackstone au cinéma, en tant que lieu de tournage. L’hôtel sert, au prime abord, de décor au film The Color of Money avec Paul Newman.

Et là, c’est le drame. Temporairement, heureusement. En 1995, le yogi Maharishi Mahesh, le fameux gourou des Beatles, fait l’acquisition du Blackstone, dans le but de le transformer en complexe immobilier. Mauvaise idée. L’établissement ferme ses portes un an après avoir été gratifié du titre de monument historique. Il faut attendre sept ans (à croire que Mahesh avait brisé un miroir) pour voir l’ancien hôtel ressusciter, et rejoindre la famille Autograph Collection. Celui-ci, passé sous la propriété de Sage Hospitality, rouvre triomphalement, en 2008, et ne cesse de grandir depuis, accueillant des acteurs de la conférence des Nations, en 2012, s’offrant un nouveau lifting en 2017, date butoir à plus d’un titre. C’est à ce moment que la collection d’œuvres d’art de l’hôtel (1 600 pièces au total !) est reconnue et arrêtée comme telle. Finies les acquisitions ! Il s’agit plutôt aujourd’hui de créer un dialogue entre le passé et l’avenir. « We are all about the twist », s’exclame une responsable marketing, sensible à cette fusion entre tradition et modernité.

Timothy Blackstone était lui-même un collecteur averti. Une partie de ses trésors logent désormais à l’Art Institute of Chicago. De l’art, l’hôtel en est peuplé. Les œuvres accrochées devant l’ascenseur à chacun de ses vingt-trois niveaux constituent ce que le département management appelle « The Vertical Gallery ». Loin d’être sacrifiée sur l’autel de l’austérité, la salle de fitness arbore une fresque signée d’un collectif de Street art new-yorkais. Ces pièces-là, ne sont pas près de bouger. En revanche, place au pop up dans le lobby, tandis que l’Art Hall du quatrième étage, qui sert à l’occasion de salle de conférence, accueille les trouvailles de l’Elephant Room Gallery, partenaire qui met un point d’honneur à promouvoir les artistes locaux émergents. Brian Dovie Golden, Chantala Kommanivanh, Christie Chew-Wallace… Il faut se dépêcher. Si l’accrochage change deux fois par an, il n’est pas exclu qu’une de leurs compositions soit achetée, et par conséquent, remplacée. Au grand dam du personnel d’ailleurs : « On s’attache à une œuvre. On va la voir tous les jours. Quand soudain, elle disparaît. C’est à la fois frustrant et exaltant. »

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