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Seuls au Louvre

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Qui n’a encore jamais été confronté à la question de l’île déserte ? En cas d’exil, qu’emporter avec soi ? L’autre soir, le Louvre s’est vidé de sa quinzaine de milliers de visiteurs quotidiens pour accueillir un événement très spécial. Face au calme ambiant, la perspective de rester hypothétiquement enfermé dans ce temple de l’art laisse rêveur.

La file d’attente légendaire s’est volatilisée sur les dix-huit coups de six heures… du soir. Il suffit de présenter son nom, préalablement inscrit sur la liste des invités, pour passer. Contrôle express des sacs, qui mène tout droit vers un couple d’escalators. Au pied de cet accordéon mécanique une hôtesse pointe le doigt dans la direction de la galerie Denon. La visite se transforme progressivement en jeu de pistes. Virage à droite. Au faîte d’une modeste série de marches un garde indique le chemin d’un ascenseur censé nous rapprocher de la salle des États, plus connue sous le nom de salle de La Joconde. En voie de restauration, la voilà dans tous ses états.

Jeu de mots légitime : les murs sont recouverts de bâches, et figure sur deux d’entres eux, traduit en cinq langues, le message suivant : « Le musée du Louvre mène d’importants travaux de modernisation de ses espaces muséographiques. La rénovation de la salle des États (salle 711), débutée en janvier 2019, s’achèvera au moment de l’exposition « Léonard de Vinci » qui se tiendra au Louvre du 24 octobre 2019 au 24 février 2020. »

Tout est dit. Loin de là, à dire vrai. La foule se met progressivement à se densifier. La conférence devait commencer à 18h. Il est 19h passé. En attendant l’événement s’est transformé en séance de selfies avec Mona Lisa, semble-t-il. Des personnalités venues du monde entier se bousculent devant le tableau exceptionnellement vitré (le verre est un bouclier contre la poussière) pour se prendre successivement, ou simultanément tant il devient difficile de se frayer un chemin dans la foule enthousiaste, avec le modèle phare de Léonard de Vinci. Pour les autres attendent plus ou moins patiemment, le suspense s’intensifie de minute en minute.

Quand soudain, Jean-Luc Martinez fait son entrée. Il est 19h30. Et le président-directeur du Louvre de prendre enfin la parole pour annoncer avec fierté le lancement d’une collection de pièces frappées à l’effigie de la Joconde dans le cadre du cinq centième anniversaire de la disparition de Leonard de Vinci. Marc Schwartz, son homologue à la Monnaie de Paris, prend rapidement le relais pour présenter les dix-neuf pièces (« nous sommes en 2019 ») d’un kilo conçues en hommage au plus grand maître de la Renaissance italienne.

On doit la réalisation de ce modèle aux équipes de Joaquin Jimenez. Côté face figure une image de la Florentine au mystérieux sourire, tandis que le côté pile arbore un portrait de Léonard de Vinci en scientifique et inventeur. Doué d’une compas, il étudie ses œuvres. L’Homme de Vitruve, un autre de ses chefs-d’œuvre se trouve derrière lui. Cet objet d’exception, allégorie du génie créatif, repose dans un coffret en laque noir, où loge une paire de gants indispensable à sa manipulation. Le tout dans un cadre doré, identique à celui du tableau le plus célèbre du monde.

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