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La Ferme Saint Siméon a tout bon

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En 2011, les éditions du Chêne – quelle autre maison pouvait mieux convenir à un peintre amoureux de la nature ? – publièrent, sous la plume de Claire Joyes, les recettes de cuisine de Claude Monet. D’après les dires de Philippe Piguet, l’arrière-petit-fils du maître, son repas favori se composait d’œufs berrichon, en entrée, suivis d’une sole à la florentine accompagnée d’une salade aux pétales de capucines et, pour finir, d’un clafoutis aux cerises. Le tout arrosé de Sancerre.

Avant de devenir le grand patriarche que l’on sait, soucieux de la bonne alimentation de ses proches, le chef de file de l’impressionnisme s’est lui-même laissé dorloter aux portes de Honfleur. Il était avec Boudin, Jongkind, Corot, Courbet, Bazille, et tant d’autres, l’un de protégés de la Mère Toutain. L’ancienne locataire de la Ferme Saint Siméon se faisait une véritable joie de prendre soin de ces peintres en mal d’amour, d’argent ou de succès.

Un même vent de bienveillance souffle encore aujourd’hui sur l’ancien repère, refuge impressionniste, transformé, au fil du temps, en Relais & Châteaux. Deux restaurants contribuent au bien-être de sa clientèle actuelle. À commencer par la Boucane, dont le nom interroge immédiatement. Non, il ne s’agit pas du terme québécois synonyme de fumée, ni d’un dérivé du verbe boucaner qui veut dire « faire sécher à la fumée », mais d’un emprunt au patois normand signifiant « cette veille chaumière ». Dans cette ancienne dépendance historique du XVIIème siècle, que ses premiers pensionnaires prirent bien souvent pour modèle, les produits de la mer sont à l’honneur.

De notre mémorable expérience sur place, nous retiendrons notamment le « Tartare deux saumons ravigote ». L’étymologie fait, là encore, bien les choses. Ce dernier terme évoque à la fois une vinaigrette aux fines herbes et un verbe du premier groupe gage de force. Eh oui, à la Ferme Saint Siméon, la ravigote ravigote, c’est-à-dire revigore. Le dos de cabillaud à suivre se révèle tout aussi inoubliable, avec son étuvée de courgettes aux amandes et ses fleurs de bourrache parsemées dans l’assiette. Sans parler du sabayon citron-verveine qui l’accompagne, aussi aérien qu’un nuage. Si le ciel s’offrait à la dégustation, telle serait probablement sa consistance. La comparaison n’est pas anodine, quand on pense à tous ces « météorologues de l’âme » exposés au dernier étage du musée d’Orsay. Ainsi se voient parfois surnommés les impressionnistes, à l’affût des changements climatiques.

Parlant peinture, dans la salle à manger trône une reproduction ô combien fidèle de « La Charrette. Route sous la neige à Honfleur », un Monet daté de 1867 et désormais conservé dans l’ancienne gare parisienne. C’est l’inénarrable Xavier Parent, en poste depuis une trentaine d’années, qui l’a commandé à des copistes du Louvre. Une réussite ! Cette toile emblématique cohabite dans la même pièce avec une peinture animalière de Gervaise, artiste locale dont l’atelier se trouve dans le jardin de la Ferme Saint Siméon. Quant au restaurant gastronomique, il abrite une collection de pépites, parmi lesquelles une nature morte d’Adolphe-Félix Cals. Celle-ci représente un lièvre, probablement l’une des spécialités de la Mère Toutain. Vous avez commandé un pigeon rôti ? A vos pinceaux !

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