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Berlin - Atlantico

Berlin sous le prisme de l’art


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Quelle destination pour le prochain weekend en Europe ? Berlin, capitale européenne de l’art contemporain, pour un voyage riche de culture et de découvertes.

 
Article publié sur Atlantico.fr le 30 novembre 2013
 

S’il existait un prix consacrant la ville la plus artistique d’Europe, il reviendrait sûrement à Berlin. Cela fait quelques années déjà que la capitale allemande passe pour le nouveau bastion de l’art contemporain. Entre la célèbre « Museumsinsel », classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la constellation de galeries qui animent le centre, le street art qui tempère le dénuement des périphéries urbaines, les installations qui se profilent à chaque coin de rue, on finit par parcourir la ville tel un musée. Les yeux grand ouverts, toujours à l’affût d’une nouvelle découverte, le pas lent, freinant devant la moindre curiosité, la bouche bée, quand les mots lui manquent. L’art est partout à Berlin. Fusionné à l’histoire, la politique, ou la géographie, il donne corps à un parcours unique au sein d’une des capitales culturelles les plus riches d’Europe.

 

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Il y a deux façons de visiter Berlin : soit en préparant son itinéraire en amont, de peur de manquer l’incontournable ; soit en circulant au gré du vent, sûr de tomber sur quelques merveilles architecturales. En effet, il y a tant à voir, que l’on sait rarement par où commencer. Un conseil : partir du connu pour glisser progressivement vers l’inconnu. Point de départ, donc, l’île aux musées (Museuminsel) partagée en cinq monuments, dont l’extérieur vaut déjà le détour. Plongé dans les eaux de la Spree, le musée Bode – du nom de son tout premier conservateur – se distingue par sa collection de sculptures et de joyaux byzantins, quoique l’on n’ait déjà le souffle coupé par la statue équestre de Frédérique II de Prusse trônant dans le hall d’entrée. L’illusion de mouvement est telle que l’on croirait le cheval prêt à sauter à l’étage par-delà la rampe de l’escalier principal.

 

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On pénètre le musée de Pergame. Quel rapport entre l’archéologie du Proche Orient et Berlin, franchement ? On arrête pourtant de rechigner face au grand arche bleu orné d’animaux ocres. C’est la porte d’Ishtar. On pourrait rester des heures devant cet édifice qui subjugue tant par sa grandeur que son détail ; car là est le tour de force du musée de Pergame, dans l’exposition de pièces grandeur nature qui lui confèrent l’allure d’un véritable temple sacré.

 

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On quitte l’Antiquité pour rafraîchir la mémoire proche. On ne peut dissocier l’art berlinois de l’histoire allemande. À cette prise de conscience participe la vision d’un édifice évoquant une étoile de David brisée. Il s’agit du Musée juif, dont l’exposition permanente retrace, à travers livres, lettres et photos, entre autres documents, les deux millénaires de la communauté juive à Berlin. Avec pour pièce maîtresse, soit unique, le chandelier de Hanouka, œuvre du maître berlinois Georg Wihlm Magraff. Non loin de là, le Mémorial de l’holocauste, inauguré en 2005, impressionne par la quantité de stèles qui le constitue. Au total, 2 711 monolithes de béton anthracite, répartis à intervalles réguliers sur 1 073 m². Des millions de questions découlent de cette funèbre exploration. Des questions auxquelles répond en partie le centre de documentation voisin/ad hoc. Troisième lieu de mémoire : la Synagogue, considérée comme le monument religieux le plus beau de Berlin avant de tomber en ruines durant la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938. On n’y va pas pour prier, mais pour s’initier à la culture juive. Restaurée après la chute du mur, elle se pose aujourd’hui comme musée de la communauté sémite à Berlin.

 

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Sonné par le poids de ce lourd passé, on part se perdre dans les méandres du centre-ville (Auguststraße) ; car Berlin, c’est avant tout un labyrinthe de galeries. Des galeries le plus souvent cachées là où on ne les attend pas. La façade très classique du KW Institute for Contemporary Art, par exemple, ressemble à celle d’un institut culturel ou bien d’une ambassade, alors qu’il s’agit en réalité d’un des principaux carrefours avant-gardistes de Berlin. Un véritable tremplin pour les jeunes talents. Pour les célébrités, rendez-vous à la Galerie Kicken, qui renferme, entre autres clichés, des œuvres de Diane Arbus et Andy Warhol. Son décor noir et blanc évoque l’art de la photographie. Petit plus : la cour intérieure, dont on regrette qu’elle n’abrite pas un café.

 

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Dire que le moderne efface le classique, à Berlin ; c’est passer à côté de l’une de ses institutions. Fondée en 1696 sur le modèle des académies française et romaine, l’Akademie der Künste oscille pourtant aujourd’hui entre le classicisme de ses collections permanentes et le modernisme de son aile contemporaine. Pareille alliance ne surprend plus tant elle se pratique dans le monde. Que ce soit à Vienne, Londres ou Montréal, les beaux-arts flirtent désormais avec des disciplines a priori moins nobles. A priori seulement, c’est ce que montre actuellement l’exposition « Arte Postale », un large fonds de lettres et cartes postales confectionnées par des noms célèbres de Joseph Beuys, à George Grosz en passant par Else Lasker-Schüler, par exemple. L’occasion d’apprécier ces morceaux de papiers souvent dépréciés en tant qu’œuvres d’art, si ce n’est en tant que bouclier politique, puisque que les missives dénonçant picturalement le totalitarisme échappaient pour la plupart à la censure. Plus de 700 exposants, donc, à découvrir dans l’un des foyers les plus richesRLIN de l’art européen.